Présentation

Géry Boulard

En hommage à Géry Boulard, ancien président de l'ANARLF, décédé il y a quelques semaines, ce texte de Patrick Ravussin, son ami, comme lui anesthésiste-réanimateur et co-fondateur de l'ANARLF. L'ensemble du comité d'administration de l'ANARLF, son président, ses anciens présidents, se joignent à lui pour rendre hommage à Géry.

A GERY

Mon ami, notre ami, Géry Boulard, s'en est allé le 14 janvier 2016; il est parti après une longue maladie qu'il a combattue avec courage et sérénité.

Je pleure un ami très cher mais surtout un compagnon, que ce soit dans les bons comme dans les moins bons jours, un ami sincère lorsque tout allait bien et un compagnon d'armes quand il fallait ensemble se battre pour aller de l’avant et faire se développer la neuroanesthésie et la neuroréanimation francophone.

Géry est la cheville ouvrière, avec Roger Chacornac, André Lienhart, Bernard Roquefeuil, Michel Sabathié, Edmond Escuret, et évidemment Louis Campan, de ce qu'est devenue, et de la manière dont s'est développée, l'Association de neuroanesthésie-réanimation de langue française (ANARLF) telle que définie aujourd’hui, avec ses statuts publiés dans le Journal officiel du 13 mars 1982.

Historiquement, Géry était membre d’un petit groupe réuni aux Arcs lors d'une session hivernale de la Société de neurochirurgie en mars 1977. Avec Roger Chacornac, il a décidé d’organiser une réunion scientifique à l'Hôpital neurologique de Lyon la même année. Cette réunion s'est effectivement tenue du 12 au 13 octobre 1979, avec pour thème l'œdème cérébral. Les journées de Bordeaux ont eu lieu ensuite les 10 et 11 octobre 1980, celles de Montpellier les 16 et 17 octobre 1981, et celles d’Amiens les 1 et 2 octobre 1982. Depuis 1983, on parle dorénavant des Journées de neuroanesthésie-réanimation uniquement.

Louis Campan a assuré la première présidence pour les années 1982 et 1983, avec comme vice-présidents Bernard Roquefeuil et Roger Chacornac. Le secrétaire (celui qui détient le vrai pouvoir !) était déjà Géry Boulard, le secrétaire-adjoint André Lienhart, et le trésorier Edmond Escuret, qui a exercé son office avec brio jusqu'en 2000, suivi ensuite par Michèle Bonnard-Goujon.

Un des moments-clé, dans ce long fleuve (pas toujours) tranquille de l’ANARLF, a été la nomination de Géry au poste de Président à l’occasion des journées de Marseille en 1992, et son remplacement au secrétariat par moi-même pour une période de 8 années. Ce virage a été complété par des accords (pas toujours simples) avec les AFAR, avec lesquelles il a fallu lutter pour que nos textes quittent Agressologie, et entrent de plein pied aux AFAR. L’année suivante, l’ANARLF participe à la journée des clubs du congrès de la SFAR. Tout cela a contribué à augmenter la visibilité de l’ANARLF. Elle a été appelée, en tant que société ou via ses membres, à être présente dans les congrès d’autres sociétés savantes de neurochirurgie, de neuroradiologie, à siéger à l’ESA, à l’ASA, bref, un peu partout dans le monde.

J’ai parlé des fondateurs de l’ANARLF, mais ceux-ci ont été remplacés avec brio, progressivement depuis 1992, par nos élèves, comme Nicolas Bruder, Gérard Audibert, Jean-François Payen, Vincent Bonhomme, Louis Puybasset, Bernard Vigué, et bien d’autres que j’oublie de citer. Cette période, depuis 1992, a été marquée par une grande cohésion/soutien du groupe autour de Géry, ce groupe qui regroupait les tous premiers, auxquels j’ajoute Laure Pain, Paul Hans, Jean-Lou Raggueneau, François Artru, Marie-Christine Lopin, Éliane Melon, Marianne Séthian, Philippe Dabadie, et j’en oublie.

Je garde trois souvenirs de cette période incroyable, chaque fois à l’occasion de nos repas de gala, le premier à Tours, où nous avons été intronisés « Joyeux entonneurs de Chinon », le deuxième à Reims, dans les Caves Ruinart, où tous nous faisions des bulles, et le troisième à Clermont-Ferrant, où il a neigé autour du château où nous étions, environ 30 centimètres de neige ! De cette même époque, je garderai également la vision de Géry, avec son élégance coutumière, faisant la synthèse de nos réunions, en fin des Journées de l’ANARLF.

Géry était l'ami, le confident, je savais beaucoup de choses de lui en dehors de l’ANARLF et lui savait beaucoup de choses de moi. Nous avions l’occasion de nous voir en dehors de nos activités officielles, à Bordeaux, à Turin, ou lors de cette mémorable réunion à Côme, lorsqu’Olivier Moeschler nous a présenté l'esquisse de ce qui allait devenir les ACSOS, tels que nous les décrivons encore aujourd'hui. A Côme, nous avons développé les liens d'amitié qui nous unissaient au groupe SIAARTI et à sa cheffe, la professeure Rosa Urciuoli. Cette visite en Italie reste marquée par l’amitié qui a entouré notre repas de départ.

Oui, Géry a beaucoup compté pour moi et je sais que j'ai compté pour lui. Nous avons mené, comme me l'a écrit le 17 janvier son épouse Dominique (qui relisait toutes nos publications en y mettant sa touche juridique !) de rudes combats ensemble mais quels moments heureux nous avons également passés  au soir de de ce que nous appelions « nos victoires ». Je me rappelle d’un soir particulier passé à la maison familiale d’Hendaye, ce même Hendaye où il a été inhumé le 21 janvier 2016 à 16h30.

Mes pensée très chaleureuses vont à Dominique et à Thomas, et à vous (nous) tous, qui aimons et pratiquons les neurosciences. Nous nous retrouvons orphelins de quelqu'un qui a toujours su faire la part des choses, jeter un pont entre les rivalités, mettre les gens autour d'une table pour arriver à une solution. Géry était l’esprit des neurosciences et de l’ANARLF, et n’agissait jamais pour son profit personnel.

Merci Gery pour ce que tu m'as apporté, merci pour ce que tu as apporté à nous, neuroanesthésistes francophones.

Tu me manques et je pense à toi,

Patrick